Antennes ouvertes
J'ai fait un immense travail sur moi ces derniers mois.
Déjà à d'autres moments de ma vie j'avais été amené à me regarder, essayer de me comprendre moi même. Au fil des années j'avais développé des images et des références assez précises pour suivre le fil de mon propre développement.
Je suppose que vous aussi.
Mais ces derniers mois ce fut différent. Ce coup ci, ce travail, je ne l'ai pas fait seul. J'ai eu un témoin à qui j'ai pu confier les éclats et les ombres de mes questions et de mes réponses.
Un travail immense.
Et très loin d'être suffisant, je le réalise en ce moment.
En ce moment je me sens à la fois libre, fatigué, en pleine possession de ce que je suis, ouvert et connecté sur les humains que j'aime, c'est à dire tous, et à l'orée d'une période de ma vie dont je sens déjà qu'elle me ressemblera.
Avec cette impression agréable et un peu déstabilisante que la distance entre ce que je sais de moi et ce que les autres perçoivent s'atténue, se réduit à presque zéro.
J'ose voir et dire qui je suis, et autour de moi il me semble qu'on ose me dire en quoi je ne le suis pas encore. Une franchise sincère à double sens. Expression, écoute, acceptation dans toutes les relations.
J'ai compris que l'autre peut m'apprendre qui je suis, et que c'est ainsi que cela fonctionne.
Ce fut cela ma révolution.
J'ai passé tant d'années à me donner des références internes pour me construire, pour me défendre des faux reflets venus de l'extérieur, que j'en suis venu, tout doucement mais tout solidement, à ne plus faire confiance qu'à mes repères internes.
Je suppose qu'au moins en partie, vous aussi.
Ils
ont été et restent indispensables ces repères.
Comme
sont et seront indispensables les repères venus de l'extérieur.
Nous
devenons sourds et aveugles à force de souffrances et de mensonges. Cette
surdité nous protège un temps, elle signe notre survie affective et
psychologique.
Aujourd'hui
je la remercie cette surdité qui m'a fait passer les tempêtes du
passé. Et je la laisse s'éloigner de moi comme le radeau désormais
inutile d'un naufragé secouru par un paquebot.
Ce
que nous sommes, ce sont aussi les autres qui nous le disent.
Tout
est dans ce « aussi ».
Pas
seulement les autres, pas se livrer comme un nouveau né en quête
d'identité.
Et
pas non plus survaloriser ses propres repères.
C'est en cela que la vie est belle, infiniment et de façon sans cesse renouvelée : nous nous disons sans arrêt qui nous sommes. Comme ces fourmis qui se farfouillent les antennes dés qu'elle se croisent.
Nous échangeons de l'identité, du sens, de la vérité.
Ce mot identité, cette matière d'âme, on lui a donné il y a quelques décennies le triste nom d'information.
La seule monnaie qui unit les humains c'est cette matière identitaire de l'échange. Il y a les petits billets du silence et de l'écoute, les gros billets des sourires et de l'amour, la monnaie de la solidarité. Il y a des déficits, des crises, des tricheurs et des voleurs. Il y a des banques toujours créditrices.
Ce
qui fait que le monde va mal, c'est que nous ne nous farfouillons pas
assez les antennes les uns les autres.
Quand
je vous disait qu'il me restait un gros travail à faire :
nous
sommes des fourmis et je vous aime !