Aimez les vivants
On a retrouvé une photo de Rimbaud.
J'aurai préféré un poème inédit.
Du coup je ressors à sa santé un poème écrit en février 2009, un soir où je bouffais le noyau de la cerise comme dirait Higelin.
Mais demain ce s'ra vachement mieux.
fourrure de gris et bleu
soyeuse plaque d'habitude
j'ai crié dans les forêts lourdes
seul, apeuré, je fus enfant
enfant pour l'armée des clairons du jour
ce fut école ou bien mourir
piètre soldat de solitude
fourrure de gris et bleu
emmitouflé dans les regards
j'ai cru disparaître au milieu
des sourires repus, des notes
l'adulte fut mon bon requin.
Il a des dents gorgées d'usages
une forteresse en dimanches
en je vous prie mais bien sûr
en voyons donc bien entendu
napoléon sans salissure
des dictées pour tout peloton
en maths encore ils capitulent
l'usure alanguit leur mâchoires
alors vient la récitation
suprême épreuve des poètes
l'initiation offerte en prime
quand on est fort de ses quatre ans
ils font le cercle avidement
poussent assiettes s'adossent bien
c'est un enfant il a la perle
gavons nous fort de sa lumière
et le petit danse ses mots,
s'entortille comme en un sac
cherche les vers d'un autre enfant
mort après les avoir écrits
c'est une ronde de poètes,
d'exilés nus dans la tranchée
qui amènent les fleurs des bois
au beau milieu des sarcophages
c'est une guerre sans merci
contre les endurcis du cœur
il suffit pour s'y enrôler
de se faire massacrer de bonne heure.